14/09/2016

Pourquoi vous devriez essayer l’isolation sensorielle

Flotter dans un Caisson disolation sensorielle, une expérience a vivre

Flotter dans votre espace intérieur :

Vous passez par la douche pour vous rincer. C’est un rituel obligatoire avant d’entrer dans le sanctuaire du silence. Avant de pénétrer dans le caisson, vous vous parez d’une paire de bouchons d’oreilles.

En trempant vos orteils, vous ne sentez ni chaud ni froid. L’eau est à la température exacte de votre peau.

Le liquide semble quelque peu différent. Comme un peu épais. C’est qu’il est composé de 25% de sel d’Epsom, augmentant significativement sa densité par rapport à l’eau pure. C’est ce qui vous permet de flotter à la surface, sans la moindre chance de vous immerger totalement.

En plus de vous faire flotter, le sel d’Epsom provoque la relaxation des muscles et la sécrétion d’endorphines. Génial.

Ce sel d’Epsom est une des raisons de porter des bouchons d’oreilles. L’autre utilité des bouchons est de bloquer toute vibration acoustique qui aurait réussi à atteindre vos oreilles. Dé-ten-du.

Vous remarquez un curieux mélange d’excitation et de nervosité. Excité car vous avez eu vent de toutes les histoires fantastiques autour de l’isolation sensorielle, nerveux-se car vous allez rester confiné dans une grande boite, sans son ni lumière. Oui ça fait peur… Mais soyons fous !

D’ailleurs vous n’avez pas SI peur que ça, mais c’est vrai que la simple idée du confinement suffirait à donner un sentiment de claustrophobie à n’importe qui !

Vous refermez la porte et vous vous allongez, pour voir si vous flottez vraiment.

Une fois en position horizontale, la sensation est particulière, et loin d’être désagréable. On serait tenté de comparer avec l’apesanteur, mais il est toujours possible de sentir la présence de la gravité.
Et votre corps connaît une sensation nouvelle, que jamais il n’a ressenti auparavant.

Initialement pensé et conçu par le docteur John C. Lilly, le caisson d’isolation sensorielle rendit possible de fabuleuses expériences sur la conscience. Fabuleuses oui, simplement grâce aux conditions uniques que le caisson permet.

Soustrayez à l’expérience humaine toutes les informations provenant des sens, il reste quoi ?

John C. Lilly était un sacré personnage, quelqu’un qui pourrait facilement être vu comme un scientifique brillant, un peu fou, avec une vie pleine d’expérimentations faites sur son esprit, ses croyances, et ses réactions à différentes substances… Pour l’anecdote, il est allé jusqu’à prendre du LSD avec nos cousins les dauphins, pour réduire les barrières entre nos espèces et permettre une meilleure communication. Un peu fou, vous dis-je.

Son concept de caisson d’isolation sensorielle a été, clairement, une idée révolutionnaire.

Parfois je me réveille au milieu de la nuit, avec une idée à approfondir, alors au lieu de déranger ma femme, je vais flotter dans le caisson et j’approfondis l’idée jusque dans ses moindres détails. Je suis alors capable de la retranscrire parfaitement au petit matin. Pour les hommes-femmes d’affaires, les scientifiques, les professionnels de toutes sortes, c’est une aubaine : être capable de penser, libéré de la fatigue physique du corps. La méthode permet d’être libre en quelques minutes.

― John C. Lilly, The Deep Self: Consciousness Exploration in the Isolation Tank

Sympa.

Mais qu’est-ce qui rend le caisson d’isolation sensorielle si unique ? Pourquoi ne pourrait-on pas simplement s’allonger sur un lit et obtenir les mêmes résultats ?

Lilly a inventé le concept de “inpérience”, par opposition à “expérience”, pour décrire cette différence.
Alors que le sel d’Epsom vous porte, il n’en reste pas moins un liquide, et cette substance semi-visqueuse applique sur votre corps une pression parfaitement homogène. Dans tous les autres moments de notre vie éveillée, nous gardons certaines parties de notre corps en tension, et cela passe facilement inaperçu. Pour autant, pendant la flottaison, il n’y a plus de force physique à contrer, et la moindre tension résiduelle est alors immédiatement identifiée comme telle.

Vous n’avez pas d’autre choix que de remarquer les endroits de votre corps ayant pris pour habitude de compenser quelque chose, ou se tenant prêt à réagir à un événement donné. Une “position existentielle” en quelques sortes.

Dans la flottaison, il devient profond et naturel de ne plus avoir à réagir à quoi que ce soit.
Alors vous vous laissez aller. Vous relâchez.

Pas étonnant que la flottaison soit parfois vantée comme un retour à la plus primaire de toutes les sensations, alors que nous étions dans le ventre de notre mère.

Et pendant que nous sommes dans cet univers, il n’y a pas que le corps qui s’adoucit.
L’esprit n’a de cesse de se repositionner, “par rapport” aux éléments qui l’entourent. Hauteur par rapport au sol, distance par rapport aux objets. Température par rapport à notre propre production de chaleur. Temps par rapports aux événements. Et la liste continue.

Nous savons ce qu’est en haut, à gauche, à l’intérieur, etc. car nous avons nous-même une partie gauche et un intérieur.

Mais tout cela devient impossible dans un caisson d’isolation sensorielle. Il n’y a aucun repère pour nous donner une idée de où, quand, et comment nous sommes. Vous ne pouvez pas réellement savoir depuis quand vous êtes là dedans. Et peut-être le plus excitant: vous vous détachez de ce que vous pensiez être.
Si vous vous autorisez à lâcher prise, et êtes capable de lâcher prise sur le fait de lâcher prise, le temps et l’espace peuvent disparaître.

Vous devenez l’obscurité qui pénètre l’infini. Les limites de votre corps s’effacent et fusionnent avec le reste de votre conscience.

Vous arrêtez de vous identifier à ce qu’il se passe, et vous commencez à vous identifier à l’espace dans lequel ces choses se passent. Comme dans le principe de “perception figure-fond”.
Bien sûr, ce n’est pas un phénomène nouveau. C’est simplement amplifié par les propriétés uniques du caisson. De nombreuses expériences de “membre fantôme” sont décrites sur internet, et elles prouvent à quel point notre sensation corporelle est malléable.

Alors que l’obscurité vous enveloppe, il n’est pas rare d’avoir l’impression de flotter dans une infinie mer de néant. La distinction entre “vous” et “le reste” disparaît. Seuls subsistent le rythme de votre respiration, et l’éternel battement de cœur de l’univers.
Dans les profondeurs de l’Être, des souvenirs refont surface sous forme de rêves. Des odeurs accompagnées de visages riants remplissent cet espace sans lieu. La distinction entre l’inconscient et le conscient s’évapore.

Certaines flottaisons restent sous l’emprise habituelle de nos pensées obsessionnelle-compulsive. Ça ne s’arrête pas, et la même histoire tourne en boucle, aboutissant toujours aux mêmes conclusions. Encore et toujours aux mêmes conclusions.

Mais lors d’autres sessions, nous glissons de plus en plus profondément, jusqu’à n’être plus porté que par cette sensation de glisse infinie. Une sorte d’expansion cosmique, de retour à “l’origine” se fait ressentir. Tout ce qu’il reste, c’est vous, et rien d’autre. Pas d’échappatoire.
“Lorsque vous revenez d’une bonne session de flottaison”, écrit Lilly, “il y a toujours ce sentiment extra-terrestre. Vous avez besoin de jeter un coup d’œil au mode d’emploi de votre véhicule humain pour reprendre place à bord.”

Tout comme avec la méditation, la valeur de l’expérience de flottaison n’est pas évidente à saisir par les personnes se limitant à l’idéologie hédoniste.
Si l’augmentation des plaisirs sensoriels est ce qui a motivé l’initiative, et que goûter à des combinaisons infinies de sensations est le seul but, alors la tentative de réduire les stimulations jusqu’au zéro absolu est effectivement une douce hérésie.

Mais les apprentis épicuriens, déjà capables de se délecter de plaisirs simples, comprendront que couper la communication avec les informations extérieures ouvre une nouvelle voix sur l’appréciation de notre vie intérieure.

Tout ce qui est évincé n’est rien de plus que du chaos. Ce qu’il reste est la richesse de notre imagination.
Sans la contrainte d’évoluer dans le monde extérieur, votre esprit est libre de vagabonder.
Lorsque le brillant Richard Feynman, éminent spécialiste de la physique quantique, demanda à Lilly “est-il vrai que dans cet environnement, il est courant d’avoir des hallucinations, des visions ?”, ce dernier ne put qu’admettre “en effet, c’est vrai”.

C’est juste après avoir rencontré Lilly que Feynmann devint fasciné par l’idée d’explorer les hallucinations. En particulier, il désirait apprendre dans quelles mesures elles diffèrent des états de rêve. Alors qu’il était était déjà sensible aux rêves lucides depuis son enfance, et avec la possibilité d’effectuer des sessions gratuite de 2h30 dans le caisson de Lilly, Feynmann était impatient de continuer ses expérimentations phénoménologiques.

C’est de cette manière qu’il se souvient de sa première “hallucination” (alors qu’il s’était mis à se concentrer sur sa respiration pendant une session) :

Où se trouve l’égo ? Je sais que tout le monde pense que le siège de la pensée est dans le cerveau, mais comment en sont-ils certain ?
[…]
J’ai pensé que si j’arrivais à déplacer mon égo d’un centimètre sur le côté, je pouvais le déplacer plus loin. Cela a marqué le début de mes hallucinations.
J’ai essayé, et après un moment j’ai réussi, en le faisant glisser le long de mon cou, à le déplacer dans ma poitrine. Lorsqu’une goutte tomba sur mon épaule, je la sentit “la-haut”, au dessus de là où “je” me trouvais.
A chaque fois qu’une goutte me tombait dessus, j’étais surpris, et mon égo remontait dans ma tête, à sa place habituelle. Je devais alors refaire lentement la descente. Au début cela me demandait beaucoup d’efforts, mais cela devînt progressivement plus facile. Je pouvais me déplacer aussi loin que dans la zone lombaires, sur un côté, mais pendant un bon moment je n’arrivait pas à franchir cette limite.
Ce fût lors d’une autre session que je décidais que, puisque je pouvais aller jusqu’à mes lombaires, je pouvais bien carrément sortir de mon corps. Alors j’ai été capable de me trouver entièrement “à côté”.
C’est difficile à expliquer – je bougeais mes mains et remuais l’eau, et bien que je ne puisse les voir, je savais où elles étaient. Mais contrairement à d’habitude, où les mains sont de chaque côté, partiellement tournées vers le bas, elles étaient du même côté! La sensation dans mes doigts et dans tout le reste était exactement pareille que d’habitude, sauf que j’étais à l’extérieur, en train “d’observer” tout ça.
A partir de ce moment, j’ai eu des hallucinations presque à chaque session, et j’étais capable de m’éloigner de plus en plus de mon corps.

Ici, Feynmann touche à un point souvent sous-évalué dans l’exploration des états de consciences altérés, qu’ils soient induits par des psychédéliques ou d’autres outils comme le caisson d’isolation sensorielle – ils demandent de la pratique.

Vous ne pouvez pas simplement entrer dans le caisson et espérer l’ultime expérience qui va changer votre vie (si cette dernière existe); il y a toujours un peu de technique et un peu de volonté impliquée. S’aventurer dans les territoires inconnus de l’esprit est comme n’importe quelle autre pratique – l’entraînement est essentiel.

Cela me rappelle une discussion métaphysique que j’ai beaucoup eu avec moi-même, sous une myriade d’apparences différentes. Lorsque nous faisons l’expérience de ces phénomènes, est-ce que nous les dé-couvrons? Sont-ils déjà là, en attente d’être observés? Ou les fabriquons-nous ? Comme une composition musicale qui prend forme doucement, après nombre d’itérations?

Ces questions sont couramment posées aux mathématiques et aux lois de la physique. Mais existent-elles indépendamment de notre conception humaine?

Lorsque nous avons une expérience de hors-corps, sommes-nous réellement quelque chose d’autre que notre corps, regardant notre cocon de chair ? Ou nous sommes-nous entraîné à avoir une expérience qui nous donne l’impression d’être en dehors ?

Feynmann a abordé ce dilemme fondamental qui concerne n’importe quel savoir, en parlant des ses expériences hors-corps.

Dans de nos nombreuses discussions à propos des hallucinations lors de mes précédentes visites, j’[Richard Feynman] ai essayé d’expliquer à Lilly et à d’autres qu’imaginer certaines choses réelles ne représentait pas la vraie réalité. Si vous voyez des sphères dorées, ou quoi que ce soit d’autre, plusieurs fois, et qu’ils vous disent pendant votre hallucination qu’ils sont une autre forme d’intelligence, cela ne veut pas dire qu’ils sont une autre forme d’intelligence; cela veut simplement dire que vous avez eu cette hallucination bien précise.

L’expérience de flottaison amplifie ce jeu constant de la réalité dans laquelle les choses sont, au mieux, seulement demi-réels.
Vous êtes complètement réveillés, mais vous commencez à rêver.
Vous voulez ouvrir vos yeux, mais découvrez que vous ne les aviez même pas fermé.
Vous avez une expérience hors-corps, mais vous continuez de pouvoir bouger et de sentir l’eau avec vos mains.

Votre temps dans le vide artificiel est écoulé, mais vous vous rappelez être entré dans le caisson il y a une minute.

Peut-être Lilly a appelé ça inpérience, car cela inverse tout ce que nous avons appris à considérer comme normal, comme une réalité consensuelle.
Une fois quelques heures de flottaison à votre actif, vous commencez à comprendre chaque choses auxquelles nous acceptons volontiers de nous attacher, pour avoir l’impression d’une réalité stable, s’avère être illusoire.

Et c’est ce qui, paradoxalement, nous libère…

 

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Flotter à Die, dans la Drôme………